
Article écrit par Aurélia Salinas, Rédactrice en Chef
La Semaine vous propose de choisir qui sera la Personnalité de l'année 2026 en Moselle. Nommé dans la catégorie Manager de l’année, Stéphane Bailly a présenté cette année un plan stratégique qui vise un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros. Il y a vingt ans, il prenait les rênes d’une entreprise familiale. Entre ses mains, Car Avenue a pris une autre dimension. Et ce n’est pas fini.
« On ne reprend pas une fonction, on hérite de valeurs. » La phrase revient souvent dans les propos de Stéphane Bailly. Urbi et Orbi. Entre les murs, nombreux, de Car Avenue ou hors des frontières de ce groupe où il occupe depuis 2006 la place de président. Vingt ans tout pile au cours desquels il n’a pas chômé. Un chiffre résume cette activité. Sous son ère, Car Avenue est passé de 12 concessions Peugeot en Lorraine à près de 160 sites répartis en France, au Luxembourg, en Belgique et en Allemagne, avec plus de 2 800 collaborateurs. Et, à 53 ans, Stéphane Bailly ne compte pas s’arrêter là. Au programme pour les années à venir : un plan stratégique baptisé « Car Avenue Accélération 2030 ».
Comme une start-up
L’ambition est claire : construire un groupe capable d’atteindre 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 80 000 véhicules vendus par an à l’horizon 2030, tout en restant, agile, fidèle aux valeurs qui ont fait son histoire. « Nous avons renforcé notre organisation tout en conservant la capacité d’adaptation et la réactivité d’une start-up », souligne-t-il.
Le premier étage de la fusée a décollé cette année. Stéphane Bailly a révélé ses ambitions le 20 mars dernier lors d’une convention réunissant ses 270 managers internationaux au sein du FC Metz Stadium. La nouvelle identité du groupe a également été dévoilée ainsi que le nouveau site internet. Un changement d’image et d’ambition qui n’oublie pas néanmoins ce qu’est le groupe Bailly devenu Car Avenue quand l’horizon s’est élargi.
À l’origine de cette réussite lorraine, il y a une famille, un nom. Celui d’un oncle, Patrick, d’un père, Jean-Paul, avec qui Stéphane dit partager quelques traits de caractère : « Je partage avec mon père le sens de l’exigence, du contact et de la proximité. C’est quelque chose qu’il m’a transmis très tôt », confie-t-il avec émotion. Forcément, quand on passe son enfance dans les ateliers, les concessions, que l’on est passionné de sport automobile, on ne s’imagine pas un autre destin. « Mon premier souvenir est les reportings du samedi soir. Chaque chef des ventes téléphonait à la maison pour donner ses résultats du samedi, et j’avais la responsabilité de les noter pour mon père. J’attendais ce moment avec beaucoup d’impatience », raconte Stéphane Bailly.
Mais cet héritage ne suffit pas à prendre une place que tout le monde vous sait promise. Il faut prouver qu’on la mérite, peut-être encore plus que les autres.
« Distinguer l’affect de la décision »
Stéphane Bailly est allé se faire les dents à l’école supérieure du commerce extérieur de Paris puis au sein du College of Business de Nicholls State University. Il entame ensuite son parcours professionnel à Sarrebrück, en Allemagne, en 1994 au sein de l’entreprise Peugeot, avant de rejoindre Gefco à New York en 1995, filiale de transport du Groupe PSA. La suite s’écrit en Angleterre puis au sein de Credipar, la société de financement du groupe PSA à Paris en 1996. En 1998, il intègre le groupe familial éponyme en tant que directeur et prend les rênes en 2006. Depuis, il se livre à un exercice d’équilibriste qui mêle proximité et exigence. Les décisions les plus difficiles à prendre ?
« Diriger une entreprise familiale implique une difficulté supplémentaire : savoir distinguer l’affect de la décision. Un dirigeant doit parfois prendre des décisions exigeantes pour protéger l’entreprise… et la famille. Si l’on commence à arbitrer avec l’émotion plutôt qu’avec la réalité économique, on met en danger l’entreprise », livre-t-il. La capacité à prendre du recul est sans doute l’un des traits de personnalité inhérents à tout manager. Stéphane Bailly doit la combiner avec une autre plus personnelle : transformer sans renier l’histoire. « Quand vous arrivez dans une entreprise qui porte une histoire familiale de deux générations, vous savez que vous n’êtes pas simplement là pour occuper une fonction. Il faut respecter ce qui a été construit avant vous et, en même temps, être capable de faire ses propres choix. » Mais sa plus grande fierté n’est pas là.
« Faire grandir les femmes et les hommes du groupe »
« Chaque année, le groupe forme des centaines d’apprentis et valorise les parcours internes. Certains collaborateurs ont commencé comme apprentis avant de devenir directeurs de concession ou directeurs généraux. Faire grandir les femmes et les hommes du groupe est aussi important que faire grandir l’entreprise. » Le groupe toujours, le contrôle souvent. Ce n’est que lorsqu’on lui demande quelle est sa voiture préférée que son regard raconte une autre histoire : « La Peugeot 205 GTI, elle a marqué ma jeunesse et c’était surtout celle que conduisait ma maman. »

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